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Rencontrez Derek Beaulieu

13 déc 2022

Derek Beaulieu est fasciné par le monde qui l’entoure. On comprend facilement pourquoi lorsqu’il nous explique la façon singulière et étonnante dont il le perçoit.

«Si vous marchez sur une rue achalandée, vous voyez les panneaux de signalisation se refléter dans les flaques d’eau, les piscines, les bancs de neige et même dans la gadoue. Vous pourriez aussi apercevoir une enseigne néon avec une lettre éteinte, ce qui transforme complètement le mot, changeant son sens, le rendant peut-être illisible ou étrange. Tout cela est très stimulant pour moi.»

Celui qui est actuellement le poète lauréat de Banff (et l’ancien poète lauréat de Calgary) aime explorer ce qu’il appelle «les plus petites particules du langage». Il s’amuse avec les lettres et les signes de ponctuation, les redisposant pour surprendre et susciter des questions. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a conçu son poème pour Simons.

«Mon poème a été réalisé à la main avec du lettrage par transfert (Letraset). Il est entièrement composé de signes de ponctuation – des points, des guillemets, des virgules, des apostrophes, etc. – pour signifier les espaces et les pauses dans nos conversations et montrer comment nos échanges peuvent créer, ensemble, quelque chose de magnifique (et dans ce cas, de saisonnier).»

Comme plusieurs poètes, Derek a d’abord et avant tout été un grand lecteur. Passant aisément des bandes dessinées aux romans et même aux instructions de Lego, il lisait tout ce qui lui tombait sous la main, apprenant au passage des écrivains qui l’inspiraient.

Et plus il découvrait la poésie, plus il avait envie d’en écrire. «Je lisais le travail de poètes et ça semblait être le langage qu’ils parlaient. J’ai voulu le parler à mon tour.»

Il admire particulièrement l’œuvre à la fois ludique et étrange du poète canadien bpNichol. «Il considérait son rôle de poète comme celui d’un apprenti de la langue. Pas un maître de la langue ni un maître de la poésie. Un simple apprenti. Parce qu’on apprend continuellement de la langue. J’aime beaucoup cette vision.»

Ayant enseigné la création littéraire et la poésie pendant plusieurs années, Derek est bien conscient que cette dernière est souvent perçue comme élitiste, voire inaccessible. «On nous conditionne à voir les poèmes comme des œuvres énigmatiques qui doivent être décryptées. Mais nous sommes continuellement entourés par la langue. La poésie, c’est simplement s’amuser avec la matière première que sont les mots. Ce n’est pas quelque chose d’exclusif, c’est à la portée de tout le monde.»

Heureusement, le créateur est dans la situation parfaite pour faire évoluer les choses. «Contrairement à l’idée qu’on s’en fait, la poésie n’est pas bizarre, complexe ou difficile. C’est une forme d’art qui a son histoire et ses traditions. Un bon poète vous ouvrira les portes de cet univers.»

C’est ce que Derek accomplit avec son travail, invitant à voir le monde à travers une lentille qui permet au lecteur de s’amuser avec la matière. Il devient alors impossible de lire ses œuvres sans vouloir en parler.

Une autre façon de rendre la poésie plus accessible pour Derek, c’est d’offrir ses créations dans la section « Steal my work » de son site Web.

«Je veux que la poésie soit omniprésente, qu’on la retrouve partout. Si on ne la diffuse pas, elle ne peut rejoindre les gens.» Par cette initiative, le poète souhaite générer des échanges. Il aime particulièrement que ses œuvres circulent là où il ne s’y attendait pas.

«Cela se transforme en conversation. C’est un peu comme le retour de l’enfant prodigue finalement. Mon travail quitte la maison pour aller à l’université, il teint ses cheveux, se fait faire un piercing et évolue de façon étonnante. Il devient ainsi beaucoup plus intéressant et unique qu’il ne l’était au départ.»

Pour l’écrivain, tout découle du pouvoir génératif du langage. Il aime que la poésie invite à la discussion.

«De nos jours, je ne vois rien de plus utile que cette ouverture à échanger avec l’autre, à poser des questions, à avoir le courage de remettre en cause nos présomptions. Je crois que c’est là que réside la beauté de cet art, dans sa grande puissance et son étonnante simplicité. Tel un petit cristal ou un parfait flocon de neige qui vous force à vous arrêter un moment pour le contempler.»

C’est maintenant votre tour d’explorer l’univers de Derek et de voir ce que cela suscite en vous. Comme il le dit si bien lui-même : «Soyez simplement prêt, ouvert et curieux!»