Carnet 1840

Rencontrez les artisans, découvrez leur savoir-faire, partagez leur passion.

Chroniques

La petite histoire de la céramique canadienne

20 jan 2020

Art plusieurs fois millénaire dont le nom signifie «argile», du grec ancien kéramos, la céramique se pratique avec douceur et lenteur. Aujourd’hui, on façonne, tourne et cuit des pièces aussi jolies qu’utiles, qu’on ne réserve pas qu’aux occasions spéciales.
 

À la rencontre de trois pratiques

Lorsque les Européens arrivent au Canada, ils peuvent déjà constater que la tradition de la céramique est établie chez les Premières Nations, notamment chez les Autochtones de la région des Grands Lacs. Les premiers colons font aussi de la poterie, essentiellement à des fins utilitaires, car l’argile est facile à trouver, bon marché et se remplace facilement en cas de bris, contrairement au verre soufflé et au métal soudé que l’on doit importer de France.

À la suite de la Conquête, au milieu du XVIIIe siècle, la céramique anglaise envahit le Canada. Cette industrie en pleine croissance trouve ici un marché propice à son expansion. Sa popularité ne connaîtra pas de baisse. On importe alors toutes sortes de produits de Grande-Bretagne : de la vaisselle en terre cuite, en grès ou en faïence, des ornements en parian imitant le marbre, de la délicate porcelaine phosphatique (dite bone china)…

La naissance d’une industrie canadienne

Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que l’on se tourne davantage vers les produits canadiens, notamment lorsque des gisements de grès sont découverts en Nouvelle-Écosse. On diminue alors l’importation de matière brute et on commence à créer des pièces véritablement canadiennes. Au Québec, c’est en 1940 que naît l’École de céramique de Beauce, un véritable tournant dans la création au Québec. Si, aujourd’hui, son style coloré un peu rococo semble figé dans le temps, son influence sur l’histoire des métiers d’art est indéniable.

Depuis les années 1940, la céramique est devenue un métier d’art mariant fonction et beauté. Ses artisans ne se confinent pas à un seul matériau ou une seule technique. Partout au Canada, on manipule l’argile et la porcelaine de façons diverses afin de créer des pièces de vaisselle ou décoratives que l’on chérira de génération en génération.

3 céramistes à découvrir

A+J Métissage

Du duo formé d’Amélie et de Julien derrière A+J Métissage, c’est Amélie la céramiste, alors que Julien est verrier. Même si leurs pièces sont créées à partir de matériaux différents, il règne une vraie cohérence dans leur collection d’accessoires de cuisine et d’objets décoratifs. Comme en écho aux pièces de verre de Julien, les œuvres d’Amélie sont tout en simplicité, parfois en duo de couleurs ; ses gobelets présentent un design arrondi facetté que l’on voit souvent sur des verres industriels. Parfois, les deux passions se rencontrent, comme dans leur combo mortier en verre soufflé et pilon de céramique !

Atelier Marie-Hélène Robillard

Dans une perspective de slow making, la créatrice Marie-Hélène Robillard s’est tournée vers la porcelaine façonnée, à contre-courant de la tradition de la porcelaine coulée et loin de la poterie au tour. «J’ai eu un coup de cœur pour cette matière remplie de défis, mais si belle lorsque cuite à maturité. La porcelaine se souvient de tout et elle a tendance à nous rappeler nos gestes brusques ou impatients ! Sa tendance à se déformer à la cuisson et son manque de plasticité m’ont inspirée à imprimer du mouvement à mes pièces et à en sublimer la beauté en leur laissant leur côté organique. Ainsi, j’aime y laisser des marques de la construction : des traces de doigts, des coutures apparentes, comme on le ferait en couture.»

«Certes, prendre son temps est dans l’air, mais c’est plutôt la liberté que le façonnage de la porcelaine me procure qui m’inspire. La liberté de fixer des moments, un geste, une inspiration dans une petite vague qui vient briser la monotonie de l’objet et qui lui confère un cachet de pièce unique. La liberté de créer avec mes mains, sans machine, pour des gens directement.» C’est en laissant sa trace – littéralement – dans ses œuvres que Marie-Hélène exprime son unicité à travers des pièces minimalistes aux mouvements imperceptibles et aux douces teintes pastel.
 

Magasinez la collection Atelier Marie-Hélène Robillard

Lookslikewhite

Pour Trudy Crane, tout commence par le jeu dans une plaque d’argile. Toutes les pièces de Lookslikewhite sont façonnées à la main, certaines de façon libre, certaines avec un moule ou un modèle. Elles sont ensuite séchées, cuites puis laquées dans une palette monochrome qui rappelle la douceur et le minimalisme du design scandinave. Très inspirée par la nature et la saisonnalité, Trudy crée de la vaisselle pure et simple, où les aliments cuisinés avec amour pourront rayonner, dans l’esprit même du slow living.

Les traditions artisanales canadiennes vivent en ce moment un âge d’or, alors que les artisans les revisitent en mariant sensibilité contemporaine et techniques ancestrales. À lire sur le même sujet : notre chronique sur la longue et riche histoire du textile au Canada et celle sur les tapis au fil du temps !

découvrez
partagez
Inscrivez-vous à l'infolettre de SimonsInscrivez-vous à notre infolettre