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Rencontrez Nelly Desmarais

12 déc 2022

Nelly Desmarais est femme de lettres, de mots, de beauté. Nourrie par la littérature depuis son jeune âge, elle poétise la vie, la sienne et celle des lieux où elle gravite. Si elle se dit timide, derrière l’écran, elle resplendit, généreuse de son temps et de son histoire.

L’autrice native de Richelieu a publié, en mars 2022, son premier recueil intitulé Marche à voix basse — sélectionné dans la liste préliminaire 2023 du Prix des libraires du Québec — chez Le Quartanier, une maison d’édition qui accueille et soutient des écrivains et écrivaines aux esthétiques très diverses, et pour qui elle travaille comme directrice administrative.

Mais Nelly écrit depuis longtemps, depuis l’adolescence, depuis le carnet à la couverture orange offert par sa gardienne Lisette, une femme plus grande que nature qui lui a aussi fait don de l’écriture — moment magnifiquement relaté dans son poème « On n’empêche pas un cœur d’aimer ».

Même si les vers lui sont venus naturellement, elle avoue en riant que ses premières pratiques étaient plutôt personnelles, des entrées de journaux intimes, et qu’elle conserve précieusement toutes ses reliques dans un gros coffre en bois qui fait office de table de salon, de bureau, de cachette à souvenirs inestimables.

Aujourd’hui, la poésie rythme la vie et l’écriture de Nelly Desmarais. Elle a eu le privilège de découvrir ce genre littéraire de manière autodidacte, en furetant et en flânant entre les pages des trésors enfouis à la bibliothèque.

« À 14 ans, je me suis mise à lire beaucoup de poésie surréaliste, notamment André Breton, et même si le sens restait souvent obscur, il y avait quelque chose dans le langage que je trouvais particulièrement fort, un langage lié à une révolte, à une colère. Au cégep, je me suis initiée à Rimbaud. Au début, je ne comprenais presque rien, mais après quelques lectures, j’étais subjuguée par cette révolte que je percevais encore, mais surtout par la beauté du travail sur la langue. »

Depuis, Nelly a fait sienne cette pratique poétique qui lui ressemble et lui permet de s’exprimer, de tout coucher sur papier. « La poésie possède plusieurs qualités. Elle est la langue de la sensibilité, elle véhicule les émotions les plus fortes, celles qui nous ébranlent jusque dans nos replis les plus profonds. La poésie ne prétend pas détenir la vérité. Elle est toute en nuances et en complexité : il n’y a jamais de sens donné, de sens à épuiser. Elle se présente à nous telle une énigme emplie de mystères à interpréter. »

Nelly est aussi fascinée par l’esthétique qui émane du blanc de la page, par la respiration qu’il suggère, par la lenteur qu’il impose.

Apprendre à ralentir, à arrêter son regard, à approfondir le rapport entre soi et le lieu.

Voilà ce qui importe à Nelly Desmarais, ce qu’elle insuffle à sa plume.

C’est en se posant dans Hochelaga que l’autrice a ressenti l’urgence — la nécessité — d’entreprendre ce projet qui l’habitait depuis un moment déjà : écrire.

C’est en allant à la rencontre de ce quartier, de son histoire, de ses gens et de sa misère qu’elle perçoit des échos entre ce qu’elle éprouvait intérieurement et ce qu’elle observait extérieurement. Nelly investit l’espace commun de manière personnelle et puise ses mots dans ce lieu qu’elle occupe et qui l’occupe. Elle écrit pour retracer des expériences, pour qu’une fois ses poèmes entre les mains du lecteur ou de la lectrice, il ou elle puisse en vivre à son tour.

Pour Nelly, l’écriture se veut tout à la fois parcours, exutoire, hommage et réconciliation. Il s’agit « d’un endroit privilégié pour exposer des pensées qui ne cadrent pas nécessairement dans la société », d’un refuge à offrir au monde. En ce sens, l’autrice exprime que « la littérature répond à [ses] questions de façon très humaine et profonde », elle qui, curieuse de nature, réfléchit, songe et s’interroge ad vitam æternam.

C’est l’Autrichien Rainer Maria Rilke et ses Lettres à un jeune poète, paru pour la première fois en 1929, qui ont touché la Nelly adolescente droit au cœur, qui lui ont tracé la voie vers les textes littéraires et la profondeur — la bouleversante justesse — qui émane de ceux-ci.

Aujourd’hui, elle manie la plume et les mots avec une exactitude infaillible qui résonne vertigineusement en nous, ouvrant un dialogue nécessaire, mais bienveillant, à nos propres références, expériences et réflexions.

Ce que la nuit donne


Un seul petit matin

Une heure elle-même
Très courte

Henri Deluy, L'heure dite

 

il est 17 h 15 quelque part

j’oublie de partir du travail

au même moment très loin

couchée sur un divan

je dis à la femme derrière moi

que je pourrais vivre

dans n’importe quelle chambre

*

la plaisanterie c’est

rendre ce que la nuit donne

sur l’oreiller du matin

*

je ne cherche rien

je confirme ma présence par courriel

le copier-coller c’est ma vie

j’ai arrêté de voler du papier de toilette en 2017

la somme de mes gestes ne mène à aucune révolution

les mois d’été en contiennent peu

sauf quand je casse une chaise puis une autre

ou que je tombe amoureuse

sur le gazon que j’arrache

mon moi ébréché dit

c’est quand tu veux

*

j’ouvre grand les yeux

c’est comme enlever son linge

pour laisser les autres entrer

 

la frontière qui sépare ta tête de la mienne

existe de moins en moins

chez moi c’est toujours débarré

*

dans ta cuisine on cuit un poulet

un garçon en boxer mange les restes

à trois heures du matin

pendant que je rebondis

sur un ballon d’exercice mauve

*

c’est l’anniversaire de 50 ans

d’une voisine

qu’on ne connaît pas

on entre par la porte arrière

dans l’ancienne mercerie

des frères Dufresne

d’avant la faillite

de la ville de Maisonneuve

on se sert au buffet de fête

on s’embrasse

devant tout le monde

qui se met à chanter

tout haut

je pose la question

pourquoi je ne suis pas Elvis

 

tu dis que tu as peur de me décevoir

je dis tu fais ce que tu veux

*

j’entre dans le dépanneur

ou dans une nouvelle soirée

pour vrai je suis seulement là

pour ce qui vient après

 

imaginer le pire me calme

je pense que je suis guérie
 

Découvrez l’univers de Nelly Desmarais :

Toutes ses œuvres