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Frida, icône anticonformiste

11 fév 2020

Seul son prénom, Frida, suffit pour que l'on reconnaisse la célèbre et unique artiste peintre mexicaine. Bien souvent, on l'associe d'abord à son look notoire, ensuite à ses œuvres. Qu'est-ce qui a porté l'artiste à atteindre le statut d'égérie de la mode et à le maintenir jusqu'à plus de 60 ans après sa mort? Qu'est-ce qui explique son incessante modernité?
 

Créatrice d’images, Frida est elle-même devenue une icône. Les Jean Paul Gaultier, Dolce & Gabbana et Valentino l’ont élue muse de leurs collections et de leurs défilés. Fleurs épanouies piquées dans chignons tressés, robes longues aux broderies traditionnelles, rouge à lèvres écarlate, multiples bijoux, célèbre monosourcil : ses marques caractéristiques sont interprétées et réinterprétées du point de vue de tant de designers.

Frida représentée par Frida

« Je suis ma propre muse. Je suis le sujet que je connais le mieux. »
Confinée à un corset de plâtre et alitée pendant de longues périodes à la suite d’un grave accident survenu lorsqu’elle avait 18 ans, elle se consacre à la peinture pendant sa convalescence. Son sujet de prédilection? Sa propre image. À l’aide d’un miroir placé au-dessus de son lit, elle réalise un grand nombre d’autoportraits, elle qui, déjà toute jeune, posait pour son père photographe.
Née d’un père allemand et d’une mère mexicaine de descendance espagnole et autochtone, Frida explore, dans son art comme dans son habillement, son identité métisse. Son style révèle ses appartenances multiples. Elle déclare d’ailleurs fièrement : « Soy una mezcla » (Je suis un mélange).

Dans plusieurs œuvres, elle se peint vêtue de la robe traditionnelle Tehuana, qui tient une place privilégiée dans l'iconographie mexicaine. Le choix de cette robe n'est pas anodin. Elle émane de la communauté zapotèque, une société matriarcale d'avant la colonisation située dans l'état d'Oaxaca, où la mère de Frida a grandi. En embrassant ce symbole sur la toile comme dans la vie, la peintre revendique son identité autochtone, affirme sa position anticolonialiste et féministe.
 

D’autres éléments traditionnels complètent sa tenue typique : le rebozo, un long châle frangé duquel elle drape ses épaules et le huipil, une blouse ample à la coupe carrée. En contraste, elle adopte un maquillage moderne aux couleurs charnelles. L’artiste porte rouge à lèvres, fard à joues et vernis à ongles signés Revlon, sa marque fétiche. Elle enjolive ses coiffures soignées de fleurs de son jardin.

On la reconnaît également comme pionnière lorsqu’elle affirme que féminité et féminisme sont compatibles. D’ailleurs, elle embrasse autant sa féminité que sa masculinité. Elle ne cherche pas à dissimuler sa pilosité faciale et accentue même ses sourcils fournis de traits de crayon ébène.
 

La mode comme art de vivre et comme manifeste

Bien plus qu’un simple élément de l’apparence, la mode tient, pour Frida, d’un art de vivre. Elle ne réserve pas ses tenues iconiques à ses apparitions publiques. Elle les revêt toujours, même lorsqu’elle peint, comme en témoignent ses vêtements maculés de peinture.

Alors qu’elle côtoie artistes et célébrités de New York, de San Francisco et de Paris, Frida ne se conforme jamais aux tendances ambiantes. L’esprit libre attire l’attention avec son style bohème et ses tenues excentriques à des lieues des robes satinées de l’âge d’or d’Hollywood érigées en norme. Celle qui va même jusqu’à falsifier sa date de naissance pour la faire concorder avec le début de la révolution mexicaine reste, par amour de sa terre natale, fidèle aux pièces traditionnelles.
 

La mode thérapeutique

À ce geste d’affirmation politique se superpose un acte de résilience. La peintre choisit et agence ses vêtements afin de souligner ses atouts et de cacher ses défauts. Ses robes drapées frôlant le sol dissimulent son corps meurtri et ses appareils orthopédiques. Ses blouses amples masquent sa poitrine comprimée par ses corsets, alors que les couleurs vives, bijoux et fleurs mettent en exergue ses yeux, sa chevelure et son port altier.

À la fatalité de la maladie et des accidents, l’artiste répond par l’action, la création. Ses corsets, objets de douleur, deviennent des œuvres. Elle les peint pour en faire des ornements, invente la beauté là où sévit la souffrance. Et plus Frida souffre, plus elle compose des tenues luxueuses, enrichies d’accessoires foisonnants qui lui confèrent la prestance d’une princesse aztèque. La mode lui offre un certain contrôle sur son corps. Elle s’en saisit pour créer une image emplie d’élégance, de force et de noblesse.
 

Un patchwork authentique

Photographiée à l’envi dès l’enfance, elle développe une conscience aiguë de ce qu’elle projette. Artiste femme, métisse, féministe, activiste et ouvertement bisexuelle dans une société profondément catholique, Frida construit son image comme elle façonne une œuvre.

Son art et son style, indissociables, expriment une force de caractère, une résistance acharnée à l’accablement. Son regard, à la fois flegmatique et perçant, communique sa détermination hors du commun. On y lit sa lutte contre l’homogénéité du système : une femme peut être belle, oui, mais aussi combattante, délicate, attirante, fragile, affirmée, ambitieuse…

La portée extraordinaire de Frida tient à son avant-gardisme. En avance sur son temps, elle demeure aujourd'hui pertinente et contemporaine. Sa figure accompagne des générations, inspirées par son esprit libre, son rejet des conventions et sa rébellion contre toute forme d'oppression, exprimés dans ses toiles comme dans son style vestimentaire.

Son œuvre, sa vie turbulente et fascinante, son indomptable fierté l'ont inscrite dans les mémoires. Si nombre de créateurs, de la haute couture aux beaux-arts, la nomment comme influence déterminante, c'est qu'elle incarne à la fois une icône de la mode, une artiste brillante et un emblème de courage et de force.

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